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5 mois d'exotisme papillaire...

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Dernier passage de frontière terrestre de ce beau périple: le poste Wagah-Attari, unique point de passage entre l'Inde et le Pakistan… Tout beau tout propre, avec ses bas-côté fleuris et ses folkloriques cérémonies de clôture, célébrant l'amitié Indo-Pakistanaise, rassemblant chaque soir, chacun de son côté, badauds et touristes des deux pays dans la joie et la bonne humeur.

Une fois redescendus des frais alpages et des neiges éternelles, nous avons bien du mal, reculant l'échéance, à quitter notre douce retraite de Vallée de Hunza pour se remettre en route vers le Sud.

Un premier petit trajet de 5h, histoire de se mettre en jambe, pour rejoindre Gilgit et son ancestral pont suspendu…


Puis, dans la foulée, le vrai trajet... Celui de 22 heures de bus -et 2 crevaisons- pour parcourir les 500 derniers kilomètres de la Karakorum Highway serpentant le long de l'Indus (de plus en plus puissant), et rejoindre Islamabad dans la plaine.


Il faut bien avouer qu'au bout de tant d'heures de voyage, secoués jusqu'au bout, le paysage de la mythique route ne nous impressionne plus autant… Ce qui ne nous empêche pas, néanmoins, de continuer à lorgner par la fenêtre, toujours à l'affût des «camions - fête foraine» de plus en plus nombreux, et ravis de découvrir nos premières réelles villes/bourgades pakistanaises, leur faune, leurs couleurs, leur allure… certainement plus caractéristiques du pays en général, que les quelques paisibles villages de montagne rencontrés jusque là.


Trafic, poussière, deux-roues, klaxons, camions de poules, rickshaws, boui-bouis noirs de suie fleurant bon la vieille friture, caniveaux douteux et «parfumés», échoppes de bric et de broc débordant sur la route, montreur de pélican (!!), ligne interminable de vendeurs de ventilos… on a déjà l'impression de toucher un peu l'Inde du doigt, certainement en moins coloré (moindre usage de couleurs flashi, et surtout, moins de femmes dans les rues ici).


Apercevons également nos premiers policiers, militaires et barrages… La vie ne semble pas tout à fait la même par ici.


Enfin arrivés à Islamabad, ou plutôt d'abord à Rawalpindi, la ville dite «jumelle»… En réalité, Islamabad et «Pindi» ne sont pas plus jumelles que ne pourraient l'être un phacochère et un poisson rouge… Voisines directes, oui, et avec un vrai point commun: une température ambiante de 45°, qui semble brûler tout et tout le monde.

Nous n'en souffrirons pas encore trop ici, rapidement accueillis par Shanewas, ce jeune pakistanais qui nous avait si gentiment conduits jusqu'à Karimabad après avoir passé la frontière chinoise avec nous.

Avec lui, nous n'apercevrons que très peu de la bourdonnante Rawalpindi. Il préfère, avec fierté, nous montrer Islamabad, la «jeune» capitale du haut de ses 40 et quelques années… Ses longues et vertes avenues rectilignes, contrôlées à chaque carrefour par des militaires aux aguets, ses ambassades, ses bâtiments du gouvernement, ses malls modernes et huppés, sa presque futuriste Faisal Mosque, son grand parc central tout propret… Ses villes nouvelles satellites, quartiers dorés surprotégés, où les plus riches vivent dans le plus grand confort et la plus grande tranquillité… et où Shanewas rêve de s'installer bientôt…
Une véritable bulle complètement déconnectée du pays… Intéressant, et déconcertant à la fois, lorsque notre jeune ami nous explique, avec un enthousiasme débordant, «qu'ici, quand on a des relations et de l'argent, on peut vraiment tout faire, tout se permettre, contourner toutes les règles, et surtout passer devant les autres… et que c'est ça qui est génial au Pakistan; il en profite à max».
Gloups… si toutes les riches familles au pouvoir sont sur le même mode, quel avenir pour le pays?
Jinnah, le père fondateur du Pakistan, doit se retourner dans sa tombe, à la recherche des belles valeurs brandies jadis… Faith, Unity and Dicipline.

Shanewas, nous présente aussi quelques uns de ses collègues «businessman», bien sympas, et, semble-t-il, un peu plus mesurés (peut-être un peu plus âgés?), avec qui nous partageons une amusante soirée balade et bowling au parc.

Et surtout, il nous présente sa famille, d'origine Pachtoune, formidablement accueillante (au point qu'ils auront même du mal à nous laisser repartir), qui nous ouvrira généreusement sa table, sa maison, et, Ô joie, son unique chambre climatisée!


2 jours à nous faire gâter, abreuver de çays et gaver de mangues juteuses ou de beignets bien gras, par sa maman Shah Jahan, qui nous couve comme ses propres poussins, nous embrasse comme du bon pain, nous sort les albums photos, et surtout tous les interminables DVD des mariages de la famille (filmés en plan fixe pendant des heures…).

2 jours un peu hors du temps, à papoter longuement, dans le bruit assourdissant des ventilos…

Avec la pétillante Zereen (sœur de Shanewas) et son amusant petit bout-d'chou Mussa, se préparant à l'arrivée du deuxième dans les tout prochains jours…

Avec le très dynamique Farukh (son mari) qui, travaillant pour une ONG très active ici (Catholic Relief Services), nous en apprend énormément sur la situation actuelle du pays :
- Sur le sort des habitants de la Vallée du Swat qui fuient la zone,
- Sur l'année 2008, d'après lui, beaucoup plus «rocking» (en termes de menaces terroristes) que cette année 2009 jugée ici plus sous-contrôle,
- Ou encore sur cette inconfortable position sandwich entre l'Inde, l'Iran, l'Afghanistan… qui met depuis toujours le pays en plein cœur des enjeux et des conflits des puissances étrangères. Selon lui, le même Pakistan, placé n'importe où ailleurs sur le globe, serait le plus beau pays du monde!

Des adieux chaleureux, et des promesses de revenir un jour, Inch' Allah!
Puis, quelques heures de bus supplémentaires, pour rejoindre la très historique Lahore…


Là, changement de décor complet, en atterrissant dans la fournaise du Regale Internet Inn, le repaire de backpackers de la ville. Vieil immeuble de briques dans un quartier populaire, boxes surchauffés sous les toits, vagues ventilos aux allures de moulins de Don Quichotte, tant l'air brûlant qu'ils brassent reste sans effet (on se demande même s'ils ne viennent pas sournoisement nous réchauffer!)… Conversations à 2 de tension sous le micro haut-vent du toit terrasse où tous les pensionnaires se retrouvent immanquablement, en quête du moindre brin d'air.
Activités favorites :
- les douches!… même si l'eau n'est jamais vraiment froide, même si la salle de bain commune est sordide… simplement pour la très éphémère illusion de froid qui vous saisit lorsque vous en ressortez sans vous être séché… L'extase!
- la lessive à la main… que l'on a jamais été aussi heureux de faire, pour le seul plaisir de patouiller dans la flotte.


Courageusement, nous nous extirpons de cette langueur pour aller découvrir la ville - tant qu'à crever de chaleur même à l'abri sans rien faire, autant sortir et faire quelque chose!


Parcourons à pied le labyrinthe des ruelles de la vieille ville, surchargées et cradingues, mais Ô combien animées, colorées, joyeuses et accueillantes!… pour aller déjeuner sur la terrasse d'un somptueux Havilis (ces anciennes demeures traditionnelles des riches marchands Indiens et Pakistanais) surplombant la majestueuse mosquée Badshahi, avant de visiter l'imposant fort Moghol Shahi Quila.


Ainsi se conclura, chaudement et «historiquement», notre découverte d'un Pakistan superbe et formidablement accueillant et convivial, qui nous a semblé, pour la partie que nous en avons visitée, plus souffrir de cette image internationale ternie que de la réalité des conflits régionaux qui agitent certaines zones frontalières.

Et tous les neveux en profitent!

A Nantes:
Le cirque de Tashkent, Ouzbekistan
pour Titouan, Mimie et Candice

A Marly:
Message pour les GBP (Gus, Thais, Martin, Paul), depuis le Kyrgyzstan

A Paris:
Le Panier de Ratatouille au Kyrgyzstan,
pour Paul-Arthur et Philippine

A Boulogne:
Message pour les petits Pingouins (Jeanne, Charles et Constance) depuis le Pakistan


Et la suite du Panier de Ratatouille à Paris, ici >>
5 jours de marche dans le décor magnifique des sommets de la chaîne du Karakorum.
Nous en avons pris plein les yeux...
Quelques souvenirs en images et en vidéos.

Lady Finger (6000m), Hunza Peak (6270m), Ultar 1, Ultar 2 (7388m)

Aperçu du parcours, autour des glaciers Bualtar et Miar

L'équipe: un guide, un cuisinier, 4 porteurs et 2 touristes

Traversée du Bualtar Glacier

Un glacier "noir"

Camp 1: Bericho Kor, 3300 mètres



Camp 2: Chidin Harai, 4440 mètres


Tout en haut, à gauche, le Miar Peak (6824 mètres), un des plus beaux


Ascension du Shambar Peak

Au petit matin...

Premiers rayons de soleil sur les sommets...




Au pied du Rash Peak (culminant à 5000 et quelques mètres)

Derrière ce gros nuage, le K2 (8611 mètres) qui ne se découvrira pas pour nous

Au sommet du Shambar Peak, 4827 mètres

En montant tout là haut, nous avons beaucoup pensé à Laetitia

Le blog de Laeti

Traversée du Miar Glacier

Un glacier "blanc" (pour voir le panorama en grand, cliquez sur l'image)



Tout en haut, à gauche, le Golden - Spantik Peak (7027 mètres), le préféré d'Isa


Camp 4: chez les bergers de Hamdar meadow, 3250 mètres




Capture et préparation de notre diner


Leçon d'anatomie ovine



Dernier petit-déjeuner au bord du glacier


C'était beau, c'était bien, c'était chouette...
Merci Karim (notre guide), et Hunza Guides Pakistan.
Première véritable étape de notre séjour Pakistanais, et principal but de notre entrée dans le pays: la vallée de Hunza, au cœur de la chaine du Karakoram, avec, comme base d’exploration, le tout paisible village de Karimabad.


Arrivés à la nuit tombée, nous cherchons à tâtons (coupure d’électricité oblige - c’est normal ici) un nouveau toit, pour nous écraser bien vite comme des masses après ces longues heures de voyage, ballotés depuis la Chine, sur cette folle route du Karakoram.
Ce n’est qu’au petit matin, au réveil, que nous découvrons le magique décor de cette oasis de calme et de verdure où nous venons d’atterrir...

Implanté à flanc de montagne autour d’un ingénieux réseau de petits canaux d’irrigation , courant sur plus de 8km, nourri par les eaux fraiches et pures descendues des hauts glaciers, Karimabad s’étale en une vaste cascade de verdure, empilant ses maisonnettes proprettes, les impeccables parcelles de ses cultures en terrasses, ses arbustes fleuris, ses denses vergers déjà débordants de 1000 fruits… pommes, noix, pêches, cerises, prunes, abricots… couronné, tout là haut, par la massive silhouette, presque Tibétaine, du Baltit Fort, ancienne résidence des Mirs de Hunza.


Pieds nus dans l’herbe, savourant la douce lumière du matin, une bonne tasse de Tchai à la main (ici, au lait et aux épices, archi sucré), on se laisse délicieusement envahir par tant de fraicheur et de paix... Et puis on se tord un peu le cou pour regarder plus haut… et là, ce sont les majestueux sommets blancs et étincelants qui nous surplombent, à pic, du haut de leurs 7000m... Le Rakaposhi, massif, les parois rocheuses abruptes et aiguisées du Lady Finger, le Hunza Peak dans un manteau de brume… Waouh! Qu’est-ce que c’est beau! Et qu’est-ce qu’on est bien!


Ce nouveau «chez-nous» est immédiatement adopté. Nous savons que nous allons nous plaire ici, et plus particulièrement au Mulberry Inn, notre Guesthouse si familiale, avec son frais jardin un peu sauvage, ses rosiers parfumés, ses douches bien chaudes, ses bons petits plats, son patron aux petits soins et ses pensionnaires pakistanais si accueillants.


En quelques allers-retours -essoufflés- le long de LA route du village, grimpant jusqu’au fort, nous ne tardons pas à connaitre bien vite toutes les échoppes, et le salut cordial et souriant de chacun de leurs tenanciers (et non tenancières, car ici, au Pakistan, tout est tenu par les hommes).

Petit à petit, nous découvrons l’identité et l’histoire de ce petit morceau du monde longtemps isolé du monde...
- D’abord par sa situation géographique au cœur de ce massif montagneux si infranchissable, que seuls de bien téméraires marchands, ou d’inconscients aventuriers se risquaient à traverser... (les vestiges périlleux de l'ancienne route de la Soie laissent entrevoir la difficulté et le danger d’une telle entreprise).


Les habitants de Karimabad, vivant paisiblement en autarcie, ne verront leur première jeep que dans les années 60, époque à laquelle la construction de la KKH vient soudain les relier au monde extérieur, et apportera petit à petit son flux de voyageurs et grimpeurs épris de hauts sommets mythiques.

- Ensuite, par sa particularité politique. Sorte de «Monaco version Heidi», le Royaume de Hunza, tout comme son voisin de Nagar, est longtemps resté indépendant de toute influence étatique externe, jusqu’en 1974, lorsque le gouvernement Pakistanais a mis fin à toute forme possible d’indépendance.

Aujourd’hui, Hunza continue malgré tout à vivre sa vie à l’abri des tumultes nationaux (notamment ceux des conflits de la Swat Valley actuellement), honorant toujours fièrement le Mir et sa famille, et perpétuant les traditions religieuses de cette branche modérée de l’Islam Chiite : l’Ismaélisme, dont le très charismatique leader l’Agha Khan est toujours, ici, révéré en tous lieux.

Pas tout à fait l’abri tout de même… puisque la vallée subit de plein fouet les conséquences de la lutte internationale contre l’Islam fondamentaliste, particulièrement celle des USA contre les Taliban. Ici, tout le monde parle encore du 9/11... «Before nine eleven» , un tourisme florissant, un nombre incroyable d’expéditions internationales vers les plus hauts sommets, des emplois et des revenus pour tous... «After nine eleven» , le fondamentalisme suspecté partout, le Pakistan mis au banc des nations, une image médiatique dégradée, les voyageurs et alpinistes effrayés... Et les récents événements enracinent cette situation. Une à une, les agences d’expéditions mettent la clé sous la porte, les familles de Karimabad vivent de leurs petites cultures et de leurs bêtes en attendant des jours meilleurs.

Pour autant, cette communauté à part, paisible, saine, simple et respectueuse de tous, continue à réserver, aux quelques voyageurs que nous sommes, un accueil enthousiaste, chaleureux et vrai.

Nous y passerons des jours bien doux, à nous reposer, préparer notre trek, ou tout simplement à vivre, voir, respirer...

Lady Finger (6000m), Hunza Peak (6270m), Ultar 1, Ultar 2 (7388m)