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Entre Khiva et Samarcande, pour retraverser le désert de Kyzylkoum, le train ne roule que 2 fois par semaine.
Alors, à moins de préférer se faire 800 km de nids-de-poule dans un bus sans amortisseurs, mieux vaut ne pas le louper!… Et nous aurons justement la chance d’y trouver encore 2 places en «couchettes molles» le matin même du départ.

Course folle de notre taxi retardataire, et nous arrivons juste à temps à la grande «voksal» (gare) d’Ourgench (à quelques km de Khiva). Ici aussi, comme en Iran, nous sommes accueillis par un responsable de wagon très policé, qui nous escorte vers notre compartiment.

Le train, lui, semble d’un autre âge… Intérieur tout de bois, petits rideaux froncés, vieux tapis de couloir… Dans chaque wagon, le traditionnel samovar, où les braises bien rouges garantiront l’eau bouillante en libre service toute la nuit… Suivons d’ailleurs, depuis notre place, l’incessant défilé des théières de faïence bleu-nuit, que l’on vient remplir pour boire le thé dans tous les compartiments.


Nous constaterons vite qu’il n’y a pas que du thé dans les tasses… D’abord en humant l’haleine chargée de quelque nouveau camarade de voyage venu, armé d’une guitare, nous entreprendre avec une grande et communicative jovialité… ou bientôt en acceptant l’invitation d’aller s’assoir dans un autre compartiment, où 4 inconnus sont déjà devenus amis en moins d’une heure, et où un verre (ici une tasse) de vodka ne se refuse jamais!


Atmosphère joyeuse et conviviale, où l’on se fait copieusement arroser, en compagnie de Vladimir, Alexander, et bien d’autres!
Heureusement, nos deux voisines de chambrée (une jeune femme enceinte et sa grand-mère) sont nettement moins portées sur la bouteille… Ca fait un équilibre! Nous serons donc tout à fait clairs pour ne pas louper l’arrêt de Samarcande à 4h du matin!

Le décor de notre longue traversée ferroviaire du Kyzylkoum…
accompagnés tout le long par ces curieuses rangées de barrières
végétales protégeant les voies du sable envahissant.



En débarquant à cette heure, après une si courte nuit, ce que nous découvrons de Samarcande est avant tout essentiellement notre Guesthouse… ce d’autant plus que le temps «diluvien» des premiers jours ne nous incitera guère à la sortie. Et c’est presque tant-mieux! Car nous allons ainsi profiter pleinement de ce véritable cocon à l’ambiance très familiale:


La vieille maison du XIXème siècle, ses chambres traditionnelles aux plafonds couverts de motifs aux couleurs vives, les dîners savoureux et les petits-déjeuners pantagruéliques… omelettes, fromages frais, crêpes, gâteaux de noix, beignets en tous genres, yaourts maison… servis par toute la famille virevoltant autour de la grande table, où se mêlent toutes les langues et les conversations.

Une excellente base d’exploration, où l’on est toujours pressés de rentrer le soir!

Lors de nos longues balades, il y aura d’abord le quartier «neuf» (quartier Russe), dont le plan, sur notre guide, annonçait de longues et mornes allées toutes soviétiques, et qui nous surprend finalement par une vraie douceur de vivre et une verdure incroyable. Partout, le long des avenues, des constructions basses et colorées, de grands et vieux arbres au feuillage luxuriant… jusque dans les allées piétonnes commerçantes qui conduisent au cœur du grand parc Navoï.


Là, se mélangent collégiens, jeunes cadres, mères des familles, changeurs d’argent, étudiants, policiers en ballade… On vient flâner, prendre le soleil sur un banc, manger une bonne glace, écouter de la musique ou déjeuner d’un chachlik et d’une bière sous un parasol…
Nous y viendrons souvent nous aussi.

C’est aussi dans ce quartier que l’on trouvera le Centre Victor Hugo, ancienne Alliance Française, petit îlot de «chez nous», qu’une jeune Ouzbèke tente de faire survivre avec les quelques moyens accordés par l’Ambassade de France à Tashkent. Sur les murs, les photos des élèves assidus, célébrant ensemble les fêtes traditionnelles françaises, une bibliothèque pas mal fournie (on lui piquerait bien le «Samarcande» d’Amin Maalouf pour le relire ici!), et des affiches vantant les mérites de notre langue… Amusant!

Après ces plongeons au cœur de la France et de la verdure, nous repartons du côté de la vieille ville Ouzbèke pour aller admirer ces trésors qui font sa renommée mondiale.

D’abord l’incontournable Gour-Emir : le mausolée de Timour/Tamerlan (et de quelques un de ses proches), le héro de la ville et du pays, ressorti du placard pour reprendre la place des statues staliniennes. C’est à lui que l’on doit le rayonnement et aujourd’hui l’héritage fastueux de Samarcande.



Ce qui nous conduit tout directement au Registan, la place sans doute la plus célèbre de la ville (et du pays), avec ses 3 grandes et fières madrasas se faisant face, superbement restaurées.


La plus ancienne, que l’on doit à Ulug Beg (grand astronome et érudit, petit fils de Timour) au XVème siècle, est notre préférée.

Faïences, arcades délicates, petits jardins, dômes bleutés, minaret massifs et élégants, intérieurs d’or… On s’y promène, on s’y régale….


On y découvre aussi les images du temps où rien n’avait encore été restauré, où le Registan n’était pas encore un musée, mais bien plutôt un lieu de vie central de la ville, où se tenait le bazar, où tout se vendait et s’achetait… méconnaissable.


Et puis on s’éloigne un peu plus, pour aller dénicher d’autres mosquées ou mausolées plus ou moins rénovés, visiter, parcourir le vieux quartier populaire où les gamins jouent dans les rues de terre, pour atteindre et visiter l’impressionnante petite fabrique artisanale de tapis et suzanis de soie… Une ouvrière pétillante nous fait alors voyager du verre à soie jusqu’aux plus beaux tapis du pays… en passant par les grands ateliers joyeux et ensoleillés…


Enfin, nous terminons par le plus beau, le plus éclatant, le plus touchant… en découvrant le Chah-i-Zinde, cette «allée des tombeaux», où reposent de nombreux proches de Timour et de ses descendants (et, très probablement Qusam ibn-Abbas, un cousin du Prophète), dans une répétition somptueuse et infinie de teintes bleutées, en émaux, faïences, mosaïques… dont de sobres murs de briques ou de fraîches salles aux voutes pures et blanches viennent noblement relever l’éclat et la richesse…


Tout autour, à flanc de colline, le cimetière de la ville, en une anarchique et émouvante forêt de tombes envahies par les herbes folles et les coquelicots éclatants…


Doux, paisible, magnifique...
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Pour rejoindre Khiva dans ce fertile delta du Kharezm isolé tout au Nord au milieu du désert, ce sont 480 km de route cahoteuse à travers les grands étendues du Kyzylkoum (le désert des «sables rouges»).

Une fois déjouée la première barrière des chauffeurs de taxi longue distance, intéressés donc mensongers, nous trouvons enfin un autobus, vieux et déglingué, plein à craquer, et à l’atmosphère déjà bien chargée après une nuit de route parcourue depuis la capitale Tashkent…
Tous nos camarades de voyage ont déjà eu amplement le temps de rompre la glace… il y a de l’ambiance là dedans!
Interpellations au chauffeur, bruyantes conversations d’un bout à l’autre du véhicule et plaisanteries qui fusent, éclats de rires généralisés… Les matrones des premiers rangs, avec une rudesse que l’on suppose très soviétique, ne se gênent pas pour venir à l’arrière réprimander les chenapans qui fument en cachette!…et, au passage, taper la discute (en affichant un beau ratelier en or clinquant) avec les deux frêles touristes que nous sommes, à grand renfort de gestes et de vagues traductions par celui qui connait quelques mots d’anglais 4 rangs derrière… Comme ça, tout le monde en profite!

Pause d’aisance très "panoramique" dans le désert

Les 6 heures de trajet, dans ce paysage plat et triste sous le ciel gris, passeront ainsi nettement plus vite.

En remontant si haut, nous nous rapprochons sérieusement de l’imprononçable région de Karakalpakie, et de sa Mer d’Aral, tristement célèbre avec cet assèchement qui repousse les eaux à des kilomètres (aujourd’hui plus de 150) de ce que fut le rivage il y a 50 ans, laissant sur son passage un gigantesque cimetière de ports et de bateaux rouillés sur le sable.

Nous ne pousserons pas jusque là bas (même si nous nous en approchons, il resterait encore beaucoup de kilomètres), mais nous en profitons pour nous pencher d’un peu plus près sur le sujet, jusque là à peine entrevu distraitement dans une spéciale de Thalassa ou sur le première page de Géo.

S’il faut attribuer ce drame de la Mer d’Aral aux politiques d’agriculture intensive de l’ère soviétique (monoculture du coton, programmes d’irrigation massive avec grands barrages, réduisant de manière dramatique les cours de l’Amou Daria et de la Syr Daria), nous apprenons, au cours de quelques rencontres Ouzbèkes, qu’il pourrait également exister une explication naturelle et cyclique : avec l’idée d’un potentiel équilibre entre la Mer Caspienne et le Mer d’Aral, fonctionnant comme en vases communicants via des voies souterraines.
Des textes du XIVème siècle feraient, parait-il, état d’un précédent assèchement identique à celui auquel on assiste aujourd’hui!
Un point de vue plutôt inédit, et très intéressant. On aurait bien envie de creuser plus.


Mais pour l’heure, nous ne monterons pas plus loin que la ville d’Ourgench, pour rejoindre sa voisine : la très particulière Khiva.

Particulière, déjà, parce que contrairement à la vivante Boukhara ancienne, le centre historique de Khiva est une ville musée, dont la vie ne s’anime que pour le tourisme, à l’abri dans sa coquille de remparts. Une coquille qui se vide presque entièrement une fois le soleil couché, un peu triste et sans âme…


Mais particulière aussi et surtout pour les trésors d’architecture inédits que l’on y trouve, datant curieusement, pour la plupart, du XIXème siècle, bien que l’histoire de la ville remonte nettement plus loin (la légende raconte qu’elle fut fondée par Sem, le fils de Noé).

Le plus marquant : le fameux minaret Kalta Minor, ambitieux projet, jamais finalisé, d’un minaret «si haut, qu’il aurait permis de voir jusqu’à Boukhara» (à 480 km!), nous laissant aujourd’hui en héritage ce large silo unique au monde, entièrement couvert de fines faïences aux mille motifs bleus et verts. On aime énormément.
Et puis, parmi cette forêt de madrasas, mosquées, palais et mausolées qui font la ville, on aime aussi tout particulièrement les minarets Juma et Islom-Hoja. Avec leurs simples anneaux colorés tranchant sur les teintes terre de leurs hautes tours, ils ressemblent plus à de hauts phares veillant sereinement sur les vastes étendues, d’autant plus sous ce ciel plombé couleur Bretagne!

Enfin, on appréciera énormément la beauté et la sérénité de la Mosquée Juma avec ses 218 colonnes de bois sculptés, qui lui confèrent cette atmosphère si chaleureuse, presque feutrée et ce doux parfum boisé…

A nos yeux, ces quelques trésors (et la beauté de l’ensemble de la vieille ville si bien conservée) justifient à eux seuls cette longue boucle de 1200 km à travers le Kyzilkoum avant de rejoindre Samarkand…