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Depuis Agra, nous avons prévu de rejoindre Bombay, notre dernière destination Indienne, en cheminant par les villes du Rajasthan.
Une route de palais, d'histoire, de fières dynasties Rajpoutes, de temples, de couleurs et de traditions… que nous parcourrons, conduits par notre chauffeur Shakir, dans sa bien agréable petite voiture climatisée (un détail suffisamment précieux pour être mentionné en ces temps caniculaires!).

Avec lui, nous pénétrons sur les terres quasi désertiques du Nord de ce grand état indien qui s'étend immédiatement au Sud Ouest de Delhi.


Porte d'entrée et première ville du Rajasthan, nous commençons par Jaipur…
La ville Rose… Avec ses hauts remparts, ses arcades et son Palais des Vents, tout teintés de ce rose-rouille, qui lui confère cette atmosphère si chaleureuse…
Nous y visitons le City Palace, mélange d'époques et d'influences Rajasthanies et Mogholes, conçu au XVIIIème siècle par Jai Singh, ce Maharaja passionné de sciences et d'astronomie.


Une passion qui l'amènera à construire de bien curieux observatoires (surtout à l'époque) parmi lesquels Jantar Mantar, celui de Jaipur, presque aux allures de parc d'attractions, où nous découvrons de gigantesques instruments de mesure (de l'heure, de la distance des astres, et autres…) d'une précision impressionnante… mais manquant encore un peu d'ergonomie si l'on veut pouvoir lire l'heure quel que soit le lieu où l'on se trouve…


Un peu plus loin dans les montagnes, à l'abri du bourdonnement de la ville, nous apprécierons particulièrement la visite d'Amber, ce fort mastodonte qui fut la première résidence des Maharajas de Jaipur et de leur cour, avant que la ville rose ne soit créée.



Enfin, après ces journées bien remplies, nous nous offrons, en fin de parcours, le privilège de quelques hôtels de charme aux petits soins pour le voyageur fatigué. Jas Vilas, en plein Jaipur, est un vrai petit havre de verdure, de calme et de convivialité tant on se croirait presque vivre chez l'habitant (un habitant plutôt aisé!). Quelques plongeons bienvenus dans une jolie piscine turquoise, et un bon et huileux massage Ayurvedique plus tard, nous voilà requinqués pour reprendre la route…

Direction Pushkar!
Ici, pas de palais ni de Maharaja, mais un lac sacré, autour duquel maisons et multitude de temples, d'un blanc lumineux, viennent se serrer en une paisible petite -toute petite- ville. Si des pèlerins de toute l'Inde s'y pressent pour venir se baigner dans les eaux sacrées, c'est surtout en novembre que la vie de la cité atteint son paroxysme, lorsque sa célèbre foire aux chameaux rassemble ici tous les nomades du Thar et du Rajasthan dans un festival éclatant de couleurs, de turbans rajpoutes, de visages, de joie, de fête, de musiques, de traditions… et de chameaux!
Pour l'heure, la terre assoiffée et craquelée attend toujours une mousson qui ne s'annonce pas tellement meilleure, ici, que les années précédentes. Le lac asséché, trou béant de mauvaise boue au cœur de la ville, en est le témoin désolant.


Nous attendrons la relative fraicheur de la fin du jour pour venir longer ses ghats désertés et replonger dans les petites ruelles plus animées menant jusqu'au temple de Brama, dans une belle lumière dorée.
Le reste du temps, nous profiterons, avec délice, de ce Haveli merveilleusement reconverti qui sera notre toit d'une nuit…Un ilot de douceur, de fraicheur, de goût et de confort…qui porte parfaitement son nom : Seventh Heaven

Nous le quitterons bien à regret… Mais tel est le lot du voyageur, qui choisit de quitter un paradis, pour, c'est certain, en trouver tellement d'autres…

… ou pas! Le toit de notre nouvelle étape ne sera, effectivement, pas aussi paradisiaque, mais son cadre n'en est pas moins somptueux… tout simplement au pied du palais de Meherangarh, dominant Jodhpur, la ville bleue!


Un bleu éclatant et frais… Est-ce lui qui rend la ville si vivante et légère? C'est en tout cas l'atmosphère que nous ressentons en nous promenant au cœur de la foule dense et toujours très colorée, qui s'affaire dans le marché anarchique installé le dimanche autour de Clock Tower. Nous y resterons un moment, à nous laisser étourdir par la vie qui défile…


Ce n'est que le lendemain matin, à la fraiche, que nous irons «nous emparer» de la majestueuse forteresse de Mehrangarh, tout au moins de son histoire et de sa beauté…


Parcourant lentement la longue montée en épingle menant, à travers les remparts, jusqu'à ces lourdes et si hautes portes hérissées de pointes, qui repousseront les éléphants de l'ennemi… déambulant dans un dédale de cours de marbre, de balcons finement ciselés, de riches appartements aux couleurs chaudes et aux milles miroirs… dans les quartiers officiels du Rajah, ou dans le vase et frais Zenanah, le quartier des femmes…

Notre fabuleux petit guide-audio bien campé sur nos oreilles, on se laisse transporter par les mots et la musique, et plonger dans la tumultueuse histoire des Rajahs de Meherangar, dans la vie qui animait jadis le fort…


Impression d'avoir totalement changé de monde et d'époque!

Bientôt, c'est également de décor naturel que nous changeons, en parcourant la route qui doit nous mener jusqu'à la dernière étape de ce périple au pays des Maharajas… Au fur et à mesure que nous nous enfonçons vers le Sud, le paysage se fait plus montagneux, et surtout, de plus en plus vert. Impression de fraicheur, toute relative, de douceur de vivre, de «richesse», et de très grande pureté au cœur de ce doux et magnifique paysage, que les saris des femmes, élégants et aériens, viennent orner de fleurs éclatantes…


Sertis au creux de ce bel écrin, nous découvrons, émerveillés, les élégants temples Jains de Ranakpur…


Imposantes pyramides d'un blanc éblouissant, à l'ombre desquelles se cache une multitude foisonnante de colonnades et bas reliefs de marbre finement sculptés, aux décors si riches que notre regard ne sait parfois plus où s'attarder tant il y a à voir!


Une très belle transition, juste avant d'atteindre enfin… Udaipur!

Udaipur douce et élégante, au cœur de ce même décor vert et généreux, s'étendant harmonieusement le long des berges du lac Pichola. Presque à sec, lui aussi, il nous offre le décor d'un frais et généreux pâturage, à perte de vue…

Surplombant cette steppe saisonnière, le City Palace veille, somptueux et gigantesque (le plus vaste et le plus élégant du Rajasthan), fier témoin de 500 ans d'histoire, celle des Rajahs de Mewar, ce clan Rajpoute si patriotique et épris d'indépendance, qui jamais ne se plia à l'envahisseur Moghol et seulement très peu aux Anglais…


Une ultime visite éblouissante et passionnante, avant d'aller flâner à travers les rues incroyablement paisibles et propres de la veille ville, où les habitants sont moins pressés de vous vendre des souvenirs, que de vous rappeler, non sans fierté, que c'est ici que fut tournée une partie d'un film James Bond : Octopussi… Et l'on imagine sans peine la course poursuite en rikshaw au cœur des rues étroites et encombrées, ou le vol-plané, forcément spectaculaire, au dessus de la volée de marches de Jagdish Temple!


Pour notre dernière étape de voyage tous les deux, avant de rejoindre des amis indiens à Bombay, nous profiterons pleinement des splendeurs d'Udaipur, goûtant aux fastes et au charme délicat des palais de Rajahs le temps d'une douce et magnifique soirée au Lake Palace (l'un des superbes Hôtels Taj).



Blancheur éclatante, enfilade de salons sous les arcades, eaux vives des fontaines au doux bruit, rafraichissant les patios arborés, enivrant parfums des fleurs, terrasses illuminées de 1000 bougies, délicatesse des saveurs, élégance des plats, disponibilité, gentillesse et discrétion, vue splendide sur le City Palace illuminé…


Magique conclusion de ce court passage sur les terres Rajasthanies… Nous en savourerons chaque instant, et chaque bulle...
Après le magique et envoutant «comité d'accueil» des Sikhs et de leur Golden Temple, il nous faut quitter ce monde un peu à part pour pénétrer plus avant dans l'immense pays. Direction plein Sud, à bord du très rapide Shatabdi Express, pour parcourir les 450 km, qui nous séparent de la capitale.

6 heures de train calmes et frigorifiques (les Indiens adorent régler la clim sur 16° C)… L'arrivée dans la fournaise n'en est que plus saisissante! Et c'est déjà trempés et assommés qu'il nous faut, paquetage sur le dos, trouver notre chemin vers la sortie, à travers des quais bondés… bousculades de voyageurs pressés, acrobatiques piles de bagages écrasant les vaillants coolies (porteurs) dont on ne voit plus dépasser que le traditionnel kurta rouge sombre, «tapis» géant et infranchissables de corps endormis à même le sol, attendant là quelques heures (ou quelques jours?) on ne sait trop quelle correspondance, foule grouillante, chauffeurs de rikshaw à l'affut (et nous sommes une cible de choix!)…

Nous voici donc à Delhi, immense avec ses 12,8 millions d'habitants.
Ville aux multiples visages…

Au Nord, Old Delhi, avec ses ruelles étroites et sales, encombrées et vivantes, ses échoppes crasseuses, ses odeurs de friture, son inextricable réseau de câbles électriques qui courent dangereusement au dessus des têtes le long des bâtisses, ses vaches, ses espèces de chèvres géantes aux oreilles pachydermiques et aux museaux de bélugas (si, si, c'est possible), ses mosquées, ses temples hindous, jaïn, son fort Moghol,…

Au Sud, New Delhi, un autre monde… Longues et larges avenues vertes bien nettes, arbres généreux, propreté relative, grands hôtels, édifices imposants du parlement, voies rapides, quartiers résidentiels protégés, monuments élégants…

Entre les deux, Connaught Place, cette vaste place circulaire qui semble être le cœur de la ville (avec ses boutiques, ses banques, ses agences, ses restos),

Cliquer sur l'image pour voir le panorama en plus grand

et enfin, le quartier des «toutous» …
A Katmandu, il y a Tamel,
A Bangkok, il y a Kao San Road,
A Delhi, il y a… Paharganj! Et plus particulièrement Main Bazar, cette longue et étroite rue poussiéreuse, qui pourrait presque appartenir à Old Delhi. Concentrant la quasi-totalité des hôtels bons marchés de la ville, et idéalement située entre les deux mondes (Old et New), à proximité directe de la gare, elle est devenue le QG touristique de la ville, et, inévitablement, ici, le théâtre d'une nouvelle foule «colorée»…. Celle qui, presque compulsivement, revêt dès son arrivée tout ce qui existe de flasque, de cool et d'archi-flashi, et la démarche nonchalante qui va avec… On aime ou on aime pas…

Première fois, premier endroit, en 5 mois de voyage, où nous croisons autant de touristes à la fois (en «pyjama» ou pas).
C'est en tout cas là, comme les autres, pressés d'arriver, que nous posons nos bagages, pour rayonner pendant 4 jours à la découverte Delhi.

Notre moyen de transport favori, pour éviter trop d'interminables négociations avec les impitoyables rikshaw-wallahs, le Métro!… enfin terminé et opérationnel, qui nous semble avoir révolutionné le paysage de la ville, lui donnant un nouvel air de capitale moderne.
Tout beau, tout propre, sécurisé, climatisé, organisé… On s'ébahit littéralement en découvrant les impeccables files de passagers attendant sagement l'arrivée de la rame de chaque côté des marquages de portes (dans un pays ou le moindre passage devant un guichet ou un comptoir n'est autre qu'une puérile lutte sauvage sans foi ni loi, c'est pour le moins surprenant)…


Et puis la rame arrive, et les impeccables files se transforment en une masse informe et puissante qui se jette avec force dans le passage pour entrer coute que coute avant que quiconque ne soit sorti… Nous voilà rassurés, voilà qui nous parait plus cohérent!

Bravant les foules et la chaleur, non sans se ménager de longs et délicieux shots d'air conditionnés dans les Coffee Day, Mac Do, restos indiens à la mode et boutiques de Connaught place (surtout Fabindia!), nous parcourrons la ville du Nord au Sud, rarement seuls, puisque toute l'Inde est en vacances d'été pour encore quelques jours (en mai et juin ici, pendant les très grosses chaleurs qui précèdent la mousson)…

Visite de la grande mosquée Jama Masjid et du très imposant Red Fort, dominant le tumulte de Old Delhi, vestiges des temps les plus prestigieux de l'ère Moghole (sous Shah Jahan, puis Aurangzeb au 17ème siècle)…

Premiers pas dans un lieu de culte Jain, le Digambara Temple et son Bird Hôpital (!), cette religion créée au 6ème siècle en opposition au système des castes et aux rites hindouistes, prônant une vie pure et austère, et s'appliquant à préserver toute forme de vie sur terre (c'est ainsi, par exemple, que les Jains les plus puristes se promènent en tous lieux avec un balais devant eux pour écarter le moindre être vivant que pourraient écraser leurs pas, ou s'interdisent de manger des pommes de terres, par crainte, en les déterrant, de détruire la faune sous-terraine alentours… On adhère, ou pas).


Promenade marquante à Raj Ghat, ce sobre et imposant monument de marbre noir, érigé au cœur d'un vaste parc paisible, à la mémoire du Mahatma Gandhi sur le lieu même de sa crémation le 31 janvier 1948,


avant d'aller visiter, plus au Sud, Smriti Gandhi, la maison et le jardin où il vécu ses derniers jours et derniers instants, transformés en un beau et calme musé commémorant la vie, l'esprit, les idées et le rôle profondément fondateur du «Père de la Nation Indienne».


Emerveillement devant la douceur et le raffinement extrême de la somptueuse tombe d'Humayun (le deuxième empereur Moghol), dont les proportions et le haut dôme en bulbe préfigurèrent, dès le 16ème siècle, la splendeur aboutie du Taj Mahal de Shah Jahan (17ème).

Rafraichissant plongeon de luxe, calme, volupté et amitié, pour ces bien chouettes retrouvailles avec l'ami Fabrice, le temps d'une agréable soirée à l'Hôtel Oberoi.

Interminable marche étouffante et sur-humide (nos vêtement sont entièrement trempés au moindre effort physique), sous le ciel lourd et gris de cette mousson qui ne veut toujours pas éclater, le long de Rajpath (littéralement Allée des Rois), cette longue et majestueuse avenue verte qui mène à India Gate depuis le palais présidentiel Rashtrapati Bhavan.


L'air finira par se rafraichir d'à peine quelques degrés au moment de notre départ, avec les premières gouttes et premiers orages de mousson annoncés par des vents soudains, d'une violence incroyable, balayant tout sur leur passage.

C'est à Agra, 200 km plus loin, que nous prendrons une première vraie «douche» , venue arroser notre visite au Taj Mahal!

Ca change des cartes postales sur fond bleu…
Même si les pietra-dura (pierreries incrustées) qui font la grande richesse et délicatesse du mythique monument, ne peuvent donner tout leur éclat sans les rayons du soleil, le mythique mausolée, où repose Mumtaz Mahal, est tout aussi beau, imposant et majestueux sous la pluie ou dans un ciel tourmenté. Et, pendant que l'on courrait entre les ondées, les aigrettes blanches s'en donnaient à cœur joie sur les grandes pelouses vertes inondées…

Comme un vrai orage d'été, la pluie ne sera pas venue nous rafraichir bien longtemps, nous laissant nous imprégner tranquillement de ce décor magique.


Et c'est même sous un ciel bien bleu et un brûlant soleil, que nous profiterons de quelques autres trésors, non moins exceptionnels, qu'offre Agra et ses alentours, avec le Red Fort (ici aussi), mais aussi, et surtout, le calme et la très grande beauté de la tombe d'Akbar le Grand et des jardins qui l'entourent, à Sikandra,

Ou encore l'impressionnante citée de Fatehpur Sikri, somptueux trésor d'architecture Indo-Islamique, créée par le même Akbar, qui en fit la capitale de l'Empire Moghol. Une capitale trop difficile à alimenter en eau, qui fut abandonnée au bout de 14 années seulement, nous offrant aujourd'hui la faveur d'une belle promenade silencieuse dans des murs incroyablement préservés…

5 mois d'exotisme papillaire...

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Dernier passage de frontière terrestre de ce beau périple: le poste Wagah-Attari, unique point de passage entre l'Inde et le Pakistan… Tout beau tout propre, avec ses bas-côté fleuris et ses folkloriques cérémonies de clôture, célébrant l'amitié Indo-Pakistanaise, rassemblant chaque soir, chacun de son côté, badauds et touristes des deux pays dans la joie et la bonne humeur.

Une fois redescendus des frais alpages et des neiges éternelles, nous avons bien du mal, reculant l'échéance, à quitter notre douce retraite de Vallée de Hunza pour se remettre en route vers le Sud.

Un premier petit trajet de 5h, histoire de se mettre en jambe, pour rejoindre Gilgit et son ancestral pont suspendu…


Puis, dans la foulée, le vrai trajet... Celui de 22 heures de bus -et 2 crevaisons- pour parcourir les 500 derniers kilomètres de la Karakorum Highway serpentant le long de l'Indus (de plus en plus puissant), et rejoindre Islamabad dans la plaine.


Il faut bien avouer qu'au bout de tant d'heures de voyage, secoués jusqu'au bout, le paysage de la mythique route ne nous impressionne plus autant… Ce qui ne nous empêche pas, néanmoins, de continuer à lorgner par la fenêtre, toujours à l'affût des «camions - fête foraine» de plus en plus nombreux, et ravis de découvrir nos premières réelles villes/bourgades pakistanaises, leur faune, leurs couleurs, leur allure… certainement plus caractéristiques du pays en général, que les quelques paisibles villages de montagne rencontrés jusque là.


Trafic, poussière, deux-roues, klaxons, camions de poules, rickshaws, boui-bouis noirs de suie fleurant bon la vieille friture, caniveaux douteux et «parfumés», échoppes de bric et de broc débordant sur la route, montreur de pélican (!!), ligne interminable de vendeurs de ventilos… on a déjà l'impression de toucher un peu l'Inde du doigt, certainement en moins coloré (moindre usage de couleurs flashi, et surtout, moins de femmes dans les rues ici).


Apercevons également nos premiers policiers, militaires et barrages… La vie ne semble pas tout à fait la même par ici.


Enfin arrivés à Islamabad, ou plutôt d'abord à Rawalpindi, la ville dite «jumelle»… En réalité, Islamabad et «Pindi» ne sont pas plus jumelles que ne pourraient l'être un phacochère et un poisson rouge… Voisines directes, oui, et avec un vrai point commun: une température ambiante de 45°, qui semble brûler tout et tout le monde.

Nous n'en souffrirons pas encore trop ici, rapidement accueillis par Shanewas, ce jeune pakistanais qui nous avait si gentiment conduits jusqu'à Karimabad après avoir passé la frontière chinoise avec nous.

Avec lui, nous n'apercevrons que très peu de la bourdonnante Rawalpindi. Il préfère, avec fierté, nous montrer Islamabad, la «jeune» capitale du haut de ses 40 et quelques années… Ses longues et vertes avenues rectilignes, contrôlées à chaque carrefour par des militaires aux aguets, ses ambassades, ses bâtiments du gouvernement, ses malls modernes et huppés, sa presque futuriste Faisal Mosque, son grand parc central tout propret… Ses villes nouvelles satellites, quartiers dorés surprotégés, où les plus riches vivent dans le plus grand confort et la plus grande tranquillité… et où Shanewas rêve de s'installer bientôt…
Une véritable bulle complètement déconnectée du pays… Intéressant, et déconcertant à la fois, lorsque notre jeune ami nous explique, avec un enthousiasme débordant, «qu'ici, quand on a des relations et de l'argent, on peut vraiment tout faire, tout se permettre, contourner toutes les règles, et surtout passer devant les autres… et que c'est ça qui est génial au Pakistan; il en profite à max».
Gloups… si toutes les riches familles au pouvoir sont sur le même mode, quel avenir pour le pays?
Jinnah, le père fondateur du Pakistan, doit se retourner dans sa tombe, à la recherche des belles valeurs brandies jadis… Faith, Unity and Dicipline.

Shanewas, nous présente aussi quelques uns de ses collègues «businessman», bien sympas, et, semble-t-il, un peu plus mesurés (peut-être un peu plus âgés?), avec qui nous partageons une amusante soirée balade et bowling au parc.

Et surtout, il nous présente sa famille, d'origine Pachtoune, formidablement accueillante (au point qu'ils auront même du mal à nous laisser repartir), qui nous ouvrira généreusement sa table, sa maison, et, Ô joie, son unique chambre climatisée!


2 jours à nous faire gâter, abreuver de çays et gaver de mangues juteuses ou de beignets bien gras, par sa maman Shah Jahan, qui nous couve comme ses propres poussins, nous embrasse comme du bon pain, nous sort les albums photos, et surtout tous les interminables DVD des mariages de la famille (filmés en plan fixe pendant des heures…).

2 jours un peu hors du temps, à papoter longuement, dans le bruit assourdissant des ventilos…

Avec la pétillante Zereen (sœur de Shanewas) et son amusant petit bout-d'chou Mussa, se préparant à l'arrivée du deuxième dans les tout prochains jours…

Avec le très dynamique Farukh (son mari) qui, travaillant pour une ONG très active ici (Catholic Relief Services), nous en apprend énormément sur la situation actuelle du pays :
- Sur le sort des habitants de la Vallée du Swat qui fuient la zone,
- Sur l'année 2008, d'après lui, beaucoup plus «rocking» (en termes de menaces terroristes) que cette année 2009 jugée ici plus sous-contrôle,
- Ou encore sur cette inconfortable position sandwich entre l'Inde, l'Iran, l'Afghanistan… qui met depuis toujours le pays en plein cœur des enjeux et des conflits des puissances étrangères. Selon lui, le même Pakistan, placé n'importe où ailleurs sur le globe, serait le plus beau pays du monde!

Des adieux chaleureux, et des promesses de revenir un jour, Inch' Allah!
Puis, quelques heures de bus supplémentaires, pour rejoindre la très historique Lahore…


Là, changement de décor complet, en atterrissant dans la fournaise du Regale Internet Inn, le repaire de backpackers de la ville. Vieil immeuble de briques dans un quartier populaire, boxes surchauffés sous les toits, vagues ventilos aux allures de moulins de Don Quichotte, tant l'air brûlant qu'ils brassent reste sans effet (on se demande même s'ils ne viennent pas sournoisement nous réchauffer!)… Conversations à 2 de tension sous le micro haut-vent du toit terrasse où tous les pensionnaires se retrouvent immanquablement, en quête du moindre brin d'air.
Activités favorites :
- les douches!… même si l'eau n'est jamais vraiment froide, même si la salle de bain commune est sordide… simplement pour la très éphémère illusion de froid qui vous saisit lorsque vous en ressortez sans vous être séché… L'extase!
- la lessive à la main… que l'on a jamais été aussi heureux de faire, pour le seul plaisir de patouiller dans la flotte.


Courageusement, nous nous extirpons de cette langueur pour aller découvrir la ville - tant qu'à crever de chaleur même à l'abri sans rien faire, autant sortir et faire quelque chose!


Parcourons à pied le labyrinthe des ruelles de la vieille ville, surchargées et cradingues, mais Ô combien animées, colorées, joyeuses et accueillantes!… pour aller déjeuner sur la terrasse d'un somptueux Havilis (ces anciennes demeures traditionnelles des riches marchands Indiens et Pakistanais) surplombant la majestueuse mosquée Badshahi, avant de visiter l'imposant fort Moghol Shahi Quila.


Ainsi se conclura, chaudement et «historiquement», notre découverte d'un Pakistan superbe et formidablement accueillant et convivial, qui nous a semblé, pour la partie que nous en avons visitée, plus souffrir de cette image internationale ternie que de la réalité des conflits régionaux qui agitent certaines zones frontalières.